Dans
le passé, Paul Jeacock a travaillé comme
illustrateur pour des comics de 2000AD, ainsi que comme
concepteur artistique pour le cinéma, notamment
pour la firme de marionnettes Henson (le Muppet Show). "Nous
souhaitions changer pas mal de choses à propos
des ogres," explique-t-il, "pour arriver à un
résultat plus sombre, un peu comme dans un conte
des frères Grimm. Il s'agit des ogres qui dévorent
vos enfants, et non pas des ogres classiques des
mondes fantastiques.
Paul crée des images et des sculptures afin
d'aider les concepteurs des livres et des figurines à saisir
la quintessence d'une armée. Il a donc beaucoup
d'influence sur le résultat final, surtout s'il
s'agit d'une race entièrement nouvelle comme
les ogres.
"Nous nous sommes replongés dans le folklore
traditionnel, et les légendes y sont parfois
bien plus effrayantes que les versions modernes et édulcorées.
Il s'agit d'histoires dont le but avoué est de
faire suffisamment peur à vos enfants pour qu'ils
n'aillent pas s'aventurer seuls en montagne ou dans
les bois. C'est pourquoi les ogres sont parfois si grotesques
et méchants, avec fort peu de points positifs
pour se racheter."
Le matériau de départ était si
riche que l'équipe en charge du projet a tout
de suite eu de nombreuses idées. "Tout le monde était
sur la même longueur d'onde et, au cours de réunions
très amusantes, les idées germaient les
une après les autres. Même s'il y eut quelques
ajustements, l'aspect général des ogres était
déterminé après seulement deux
ou trois séances de travail."
Il est une autre source qui a eu un grand impact,
particulièrement sur les gnoblars : le travail
de Brian Fround. Ce célèbre illustrateur
passe le plus clair de son temps à dessiner et
peindre des fées, des gobelins et un tas d'autres
créatures de légende. Il a également
travaillé pour la firme Henson, en concevant
les créatures des films Labyrinthe et Dark Crystal.
"Tous les artistes se sont inspirés du travail
de Fround, car sa vision des lutins et de leurs semblables
est très évocatrice. À ce titre,
les gnoblars sont dans la lignée de son ouvre,
mais avec un petit côté ébouriffé et
débraillé," acquiesce Paul, "ils ont aussi
le tempérament du gamin sauvage qui erre dans
la rue, et qui pour passer le temps vous jette des pierres.
Seuls ils sont assez inoffensifs, mais lorsqu'ils se
regroupent, ils sont très dangereux."

Malgré cette hargne latente, le gnoblar conserve
tout de même son côté comique, "c'est
justement cette méchanceté qui le rend
amusant", commente Paul. "Ils veulent ressembler aux
ogres en étant aussi grands et cruels qu'eux,
et même s'ils ne restent souvent qu'un casse-croûte
aux yeux de leurs maîtres, ils trouvent toujours
plus petit qu'eux à tyranniser. La survie est
affaire de tous les instants pour un gnoblar, et c'est
sans nul doute ce qui le rend aussi mesquin. Mais finalement
ogres et gnoblars coexistent et le vice des seconds
est l'élément comique qui contraste avec
la méchanceté des premiers."
Lorsqu'il s'agit d'un historique aussi riche que celui
des ogres, Paul n'est jamais en manque d'inspiration
et c'est bien ce qui lui a rendu ce travail si agréable. "Des
séries d'images se formaient dans mon esprit dès
la fin de nos discussions, presque comme un film. J'y
voyais ces créatures vivre, respirer et il me
fallait vite les capturer par des esquisses avant qu'elles
ne disparaissent ! Nous étions tous en phase,
et les idées se sont bousculées si vite
que ce projet a pris tournure en un clin d'oil. Et puis,
travailler sur quelque chose d'inédit m'a permis
d'expérimenter, ce qui fut très enrichissant." |