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Un
seul ogre est un adversaire redoutable pour une demi-douzaine d’humains.
La largeur d’un ogre adulte est d’environ un mètre
cinquante au niveau de la taille, et il mesure souvent plus de trois
mètres. Son corps massif est surmonté d’une
tête aux traits bestiaux tellement enfoncée dans les
épaules qu’elle ne semble pas avoir de cou. Ses bras
puissants, aussi épais que le torse d’un homme, sont
capables de défoncer la porte d’une maison. Ses jambes
sont trapues et suffisamment résistantes pour supporter le
poids de son ossature et de sa graisse. Enfin, ses cheveux sont
raides et gras, et même s’il n’est pas rare qu’un
ogre soit chauve comme un œuf, il portera presque toujours
la moustache ou la barbe, celle-ci servant à récupérer
d’éventuels morceaux tombés lorsqu’il
enfourne voracement la nourriture dans sa bouche à l’aide
de ses grosses mains.
Ce serait une grave erreur de croire qu’un
ogre n’est constitué que de graisse, car même
s’il est effectivement bien protégé contre les
rigueurs du climat, sa musculature n’en reste pas moins extrêmement
puissante. Sa peau est aussi dure qu’une armure de cuir bouilli
et deux fois plus épaisse, et la résistance d’un
ogre est telle qu’il sera toujours capable d’asséner
de terrifiants coups de massue même empalé le long
d’une lance. Toutefois, son trait le plus marquant reste son
ventre.
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Le ventre d’un ogre revêt une importance sociale,
physique et spirituelle immense pour son propriétaire.
Un ogre très ventru est vu par ses semblables comme
quelqu’un de riche et fort, témoignage de la
quantité de viande qu’il a dû ingurgiter
pour se doter d’une panse aussi proéminente.
Les Bouchers sont persuadés qu’ils peuvent communier
avec leur dieu simplement en se goinfrant de nourriture, car
leur religion est entièrement fondée sur ce
concept. Cette croyance vient peut-être du fait que
les organes vitaux et digestifs d’un ogre sont situés
beaucoup plus bas dans son abdomen que ceux d’un humain.
Ils sont protégés par un tissu très serré
de muscles capables de se contracter avec une force phénoménale,
ce qui permet aux ogres de digérer à peu près
tout ce qu’ils ont l’idée d’avaler.
Ils prennent d’ailleurs bien soin de protéger
cette partie vitale de leur anatomie à l’aide
d’une plaque ventrale circulaire. Cette dernière
est généralement métallique, martelée
ou moulée d’un bloc, et présente souvent
le symbole de la tribu de son propriétaire. Elle est
maintenue autour de sa taille par une lourde ceinture servant
par la même occasion à accrocher ses couverts
et autres ustensiles.
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En-dehors de cette protection et de braies crasseuses,
les ogres ne portent pas de vêtements. Il arrive que les plus
riches d’entre eux acquièrent ou se confectionnent
une armure rudimentaire, mais la plupart restent torse nu et arborent
des tatouages et des peintures de guerre primitifs pour aller au
combat. Leurs chaussures ferrées s’avèrent très
pratiques pour piétiner à mort toutes sortes de choses,
notamment les animaux dont ils revêtent les peaux quand ils
traversent des montagnes. Tous les ogres possèdent une massue
qu’ils utilisent pour éviter la moindre hémorragie
inutile lorsqu’ils assomment leur proie avant de la ramener
dans leur repaire. Ces armes sont souvent hérissées
de pointes et de clous, et bien que de fabrication grossière,
leur qualité est une bonne indication du statut de son utilisateur
: un ogre maniant un simple gourdin est généralement
très pauvre et démuni. La massue d’un ogre est
sa meilleure amie, et il ne la mangera qu’en cas d’extrême
nécessité.
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Les ogres ont été décrits par des érudits
comme “mentalement arriérés”, mais
ils n’en restent pas moins capables de faire preuve
d’un esprit pratique développé, surtout
quand il s’agit de réduire à l’état
de pulpe la tête de quelqu’un. S’ils ne
sont pas aptes à fabriquer des objets durables et techniquement
avancés, ils ont une faculté à assembler
des armes de bric et de broc et même d’utiliser
celles qu’ils confisquent, gagnent ou échangent
avec d’autres races. Les Montagnes des Larmes sont si
inhospitalières que tout objet étranger y parvenant
est immédiatement mis à profit d’une façon
ou d’une autre : s’il n’est pas comestible,
il est invariablement recyclé en quelques heures pour
remplir une autre fonction…
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Quand ils ne se font pas la guerre, l’appétit
insatiable des ogres pour la destruction et la nourriture
les conduit à chasser les pires créatures des
montagnes. Ils sont connus pour leur instinct du voyage, c’est
pourquoi de petites bandes de leurs mercenaires peuvent être
rencontrées aux quatre coins du monde. Celles-ci ne
laissent généralement que peu de traces de leur
visite, au contraire des migrations de tribus qui dévastent
tout sur leur passage et dévorent des populations entières
en l’espace de quelques jours. Les terres victimes des
déprédations des ogres peuvent mettre des décennies
à s’en relever, mais fort heureusement de tels
événements restent rares.
Les ogres sont totalement illétrés.
La transmission de leur folklore et de leurs traditions
se fait oralement, par le biais d’histoires (et
de fanfaronnade). Leur mythe le plus ancien évoque
le vieux Ventre-de-Pierre, un ogre qui parvint un soir
à capturer le soleil avant de l’avaler,
mais qui fut forcé de le régurgiter le
lendemain matin à cause de la chaleur qui lui
brûlait les boyaux. Les ogres tiennent en haute
estime les manifestations de force brute et leur mythologie
foisonne de légendes racontant les exploits herculéens
(souvent exagérés par le narrateur) entrepris
par leurs semblables.
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La foule rugit sa
soif de sang alors que deux ogres s'affrontent dans l'arène.
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