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“... et c’est ainsi que Frederick pourfendit le terrible Roi
Ogre et sauva la princesse Mariella d’une fin pire que la mort !” Tout
en achevant son récit, le vieil homme crasseux s’affala dans
son siège, arborant un large sourire. Il était en effet certain
d’avoir captivé son auditoire, lequel était constitué d’une
demi-douzaine d’adolescents rassemblés dans la sordide taverne.
Le public, par contre, avait l’air bien moins convaincu de la chose. “Assez
de ces contes de fées à la noix, vieillard. Raconte-nous tes
voyages et les contrées lointaines. On ne remplit pas ton verre pour
entendre de telles sornettes… nous voulons des informations !”.
Le porte-parole du mécontentement collectif était un jeune
homme au visage grêlé et à la bouche tordue. Ses vêtements
n’étaient guère plus que des oripeaux de troisième
ou quatrième main, qui dissimulaient à grand-peine sa silhouette
dégingandée, mais il portait une épée émoussée à son
côté. Le conteur doutait que le garçon sache s’en
servir, et il était fort probable qu’il l’ait dérobée à un
parent.
“Bien, bien, jeune écuyer, de quelles contrées fabuleuses
veux-tu que je te narre les mystères ?” demanda le vieil homme,
tout en plongeant le regard dans le vide de sa chope en étain. “Les
mystiques terres de la lointaine Cathay peut-être ? Les magnifiques
et mortels déserts d’Arabie ? Les superbes îles de Nippon,
gardées par d’éternelles tempêtes ?”
Après avoir échangé un regard complice avec ses compagnons
aussi jeunes et inexpérimentés que lui, le garçon répondit
dans un murmure excité “Parle-nous… du Moot !”
Le vieux conteur eut l’air surpris, il ne s’attendait pas du
tout à cette requête. Un jeune homme en quête d’aventure
s’interrogeait sur des pays lointains, si lointains qu’il n’avait,
le plus souvent, aucune chance de jamais les atteindre. La plupart de ces
aventuriers en herbe finissait comme gardes du corps d’un marchand
local ventripotent, ou miliciens s’ils avaient quelque talent. Mais
le Moot ! Il était possible que ce groupe de jeunots ait un but plus
terre à terre… Finalement ils s’avéreraient peut-être
assez malins pour arriver à destination. Enfin, ceux qui survivront
au voyage, nota-t-il sinistrement.
“Très bien, jeunes maîtres” dit le vieil homme,
le sourire ayant à présent quitté son visage. “Ce
sera donc le Moot. Remplissez ma chope et je vous dirai tout ce que vous
avez toujours voulu savoir sur le fief des halflings, sans jamais avoir osé le
demander.”

Le Mootland est le nom correct du pays des halflings. Il se situe entre
les provinces de l’Averland et du Stirland. Il s’agit d’un
ensemble de vallées fertiles nichées entre des collines en
pente douce. Le climat y est tempéré et les sources d’eau
claire nombreuses. Les ruisseaux qui en partent alimentent d’ailleurs
la puissante rivière Aver qui traverse la contrée. En conséquence,
le Moot bénéficie de magnifiques paysages et de terrains fertiles,
ces derniers compensant largement la paresse de ses habitants.

La région abrite la plus grande communauté halfling du Vieux
Monde. Elle leur fut offerte il y a plus de mille ans par l’Empereur
Ludwig le Gros, en reconnaissance pour les services rendus à l’Empire.
En effet, avant que les halflings n’envahissent les cuisines impériales,
la nourriture qui en sortait était notoirement infecte. On raconte
même qu’à cette époque le surnom de sa majesté était “le
Maigrichon” ou “le Bougon” !

La présence de la rivière Aver (et de ses affluents) fournit
de l’eau en quantité pour l’irrigation des cultures. Ainsi,
au cours de siècles, de nombreux villages agricoles se sont établis
le long de cet axe fluvial. Les plus grandes de ces implantations sont Baiebrandon à l’ouest,
Petitbourg à l’est, et Epoustoufleville au nord, à la
frontière du Stirland.
Les lieux d’intérêt ne manquent pas et l'on peut citer
entre autres le Bac de Passecorne, les ruines de Moderberg ou les Bois
Gémissants.
Dans le Moot, le seul moyen de traverser l’Aver consiste à emprunter
le Bac de Passecorne, du nom de ses propriétaires. Il se trouve
approximativement au centre de la province et il n’existe nul autre
passage sur trente miles, en amont comme en aval. Des rumeurs indiquent que
la famille Passecorne, dont les droits de passage sont l’unique source
de revenus, s’assure que la situation n’évolue pas en
sabotant toute tentative de construction d’un pont ou d’un autre
bac. Les passeurs sont en outre connus pour leur habitude d’acheminer
les voyageurs d’une rive à l’autre quelle que soit l’heure
ou le temps. Bien entendu, leurs prix élevés augmentent lorsque
l’heure est tardive ou le temps mauvais.
Les ruines du château de Moderberg se trouvent juste au nord de Baiebrandon.
Elles sont le témoin pourrissant de la puissance d’un seigneur
aujourd’hui disparu. On raconte que son fantôme et ceux de ses
soldats hantent encore les pierres froides du donjon.
Au sud-est se trouvent les Bois Gémissants, qui contrairement à toutes
les autres forêts du Moot, ne sont ni clairsemés ni accueillants.
Ils sont aussi denses et sombres que les autres forêts de l’Empire,
et l’on murmure qu’ils sont hantés. Des experts en occultisme
affirment que les sons étranges qui en émanent sont le fait
des elfes, et non des esprits. Dans tous les cas, le voyageur prudent évite
ces lieux.
Enfin, tout aussi pittoresques et dignes d’intérêt sont
les nombreuses tavernes et auberges qui parsèment le Moot. Parmi les
plus célèbres, on compte les Chiens Dansants, la Tête
de Porc, l’Âne Hilare et le Serpent Écarlate. Tout voyageur
digne de ce nom se doit de visiter autant de ces établissements que
possible, car il n’y a pas de lits plus confortables (ces maisons ont
toutes quelques chambres avec du mobilier de taille humaine), ou de nourriture
plus succulente ailleurs dans l’Empire.

Le Moot est entouré de provinces impériales et s’appuie
sur elles pour sa protection. Pourtant la région et ses habitants
sont parfaitement autonomes, et même s’ils n’ont pas le
statut de citoyen impérial, ils restent des alliés fidèles.
Il existe même un détachement de halflings du Moot portant le
nom de “Corbeaux de l’Empire”, qui sert à Altdorf,
la capitale, à la fois dans la milice et dans les cuisines impériales.
Bien que le nom exact de la région soit le Mootland, la majeure partie
des citoyens de l’Empire l’appelle simplement “le Moot” en
raison du curieux système de gouvernement qui y est en vigueur. Les
décisions y sont en effet prises lors de vastes rassemblements populaires
se déroulant à l’hostel de ville, ou en l’absence
d’un tel lieu, dans la plus grande grange du village. Ces assemblées
portent le nom de Moot, et on y débat entre habitants des affaires
importantes de la communauté. Les politiciens impériaux trouveraient
ces réunions assez anarchiques, mais elles conviennent plutôt
bien au caractère des halflings, qui échappent ainsi aux traîtrises
et aux manœuvres caractéristiques de la politique impériale.
Chaque village élit un chef, appelé Ancien. Plusieurs fois
par an, les Anciens se réunissent lors des Moot de district. Ils sont
un peu plus organisés que ceux des villages, mais fonctionnent selon
le même principe de décision en comité. Un président
est élu par l’ensemble des Moot de district et le vote de tous
les Anciens. Il est le représentant des halflings auprès des
autorités impériales et dispose d’une voix lors de l’élection
d’un nouvel Empereur.
Il n’y a pas de capitale du Moot à proprement parler, ce
qui s’en rapproche le plus étant le village qui accueille le Moot des
districts. Mais celui-ci change chaque année selon un système
complexe qui prend en compte la taille de la récolte, la population
(comprenant les visiteurs de passage), et le nombre de distinctions impériales
reçues.
La société halfling est patriarcale, mais même si la
famille est dirigée par les mâles, leurs épouses ont
leur mot à dire, en particulier au cours des Moot. Nombre d’Anciens
célèbres furent en fait des Anciennes.

Dans l’ensemble, les halflings sont plutôt de bonnes gens, mais
ils ont pourtant quelques fort mauvaises habitudes. Ils sont plutôt
indolents, et préfèrent se goinfrer de tartelettes (bien arrosées
de bière) plutôt que d’accomplir une dure journée
de labeur. Les halflings sont aussi des collectionneurs nés, possédant
une insatiable curiosité. Le mélange des deux fait qu’ils
ont une tendance à “découvrir” des choses. Un voyageur
qui s’attarde dans le Moot risque d’en repartir plus léger,
ou de laisser derrière lui quelques blessés. On raconte qu’il
est prudent d’attacher son attelage (et ses roues) lorsqu’on
s’arrête, même quelques minutes, pour boire une chopine
dans une taverne du Moot.
Les halflings sont avares, mais bien moins que les nains. Ils aiment
aussi accumuler les choses, si bien qu’une habitation halfling typique
possède toujours une pièce ou deux réservées à leurs “trésors”.
Ce dernier terme regroupe toutes sortes d’objets dont la plupart n’ont
pas de valeur réelle, car les Halfings ne jettent rien…
Bien que le Moot ait de prime abord l’air d’une région
agricole tranquille, dotée de jolies collines et de champs verdoyants,
une inspection un peu plus approfondie révèle que ce n’est
pas tout à fait le cas. Ses villages ne sont qu’un assemblage
hétéroclite de bâtiments mal entretenus, car il n’existe
aucune loi régissant la construction dans le Moot. Les jeunes halflings
jouent sans surveillance dans et autour de ces structures, en compagnie de
la basse-cour, des chiens et des porcs, les adultes passant le plus clair
de leur temps à se reposer ou à manger. En fait, les maisons
aériennes ne sont réservées qu’aux familles les
plus pauvres, les halflings fortunés se faisant creuser de vastes
habitations souterraines à flanc de coteau simplement appelées
trous. Cependant, elles ne sont pas pour autant mieux entretenues, il semble
même que le laisser aller y soit plus important encore. On raconte
que les mariages intercommunautaires y sont fréquents en raison de
la pratique qui consiste, pour trouver âme sœur, à percer
un orifice qui débouche dans le trou du voisin…
Les halflings sont des cultivateurs et des éleveurs, à l’instar
des humains. En fait, ils excellent dans ces domaines, pour peu qu’ils
se décident à travailler. En conséquence, les fruits
et légumes du Moot sont parmi les plus beaux et les plus savoureux
de l’Empire. Les fermiers halflings élèvent rarement
du bétail de grande taille comme les vaches car ils éprouvent
quelques difficultés à les mener en raison de leur petite taille.
Cependant, moutons, chèvres, porcs et animaux de basse-cour sont très
courants. À l’image de leurs primeurs, les viandes du Moot ont
tendance à surpasser les autres, quoique les gourmets s’interrogent à savoir
si cela vient de leur méthode d’élevage, ou des talents
culinaires des halflings.
L’artisanat n’est pas en reste, et les halflings sont étonnamment
talentueux dans ce domaine, malgré leurs petits doigts boudinés.
Le Moot est particulièrement renommé pour la qualité de
ses cuirs, de ses étains et de ses mécanismes de précision.
Mais en raison de l’importance que la nourriture y occupe, l’artisan
emblématique de la société halflings reste sans conteste
le chef cuisinier. En effet, tandis que le halfling moyen n’est guère
plus grand qu’un petit d’homme, il mange beaucoup plus qu’un
adulte de cette race. Ainsi, la pratique qui consiste à prendre cinq
ou six repas copieux par jour est tout à fait normale pour un halfling,
et ce nombre augmente encore les jours de fête.
Les halflings ont un regard perçant et n’hésitent pas à chasser
des oiseaux et de petits mammifères, délicieux en ragoûts,
avec de simples pierres. Ainsi ceux qui possèdent un arc sont très
adroits dans son maniement, et les chasseurs halflings sont réputés à travers
tout l’Empire. Les meilleurs d’entre eux, quand ils ne sont pas
en train de passer le temps dans une taverne, sont capables d’atteindre
l’œil d’un canard en vol à près de cinquante
pas.
Une autre compétence répandue parmi les halflings est l’aptitude à se
fondre dans le paysage. Le savant mélange d’une petite taille,
de gestes mesurés et d’une vie passée à “collectionner
des choses” en est sans doute la raison. Quoi qu’il en soit,
il est certain que les halflings peuvent sans peine passer inaperçus
lorsqu’ils le souhaitent, et les Rangers sont passés maîtres
dans cet art. Ils ne sont qu’une poignée, mais ils gardent sans
relâche les frontières du Moot contre ceux qui voudrait nuire à ses
habitants. Ils se déplacent en petits groupes de quatre ou cinq individus
et ne se rassemblent qu’en cas de grand danger, comme lors d’une
invasion de peaux-vertes.

En plus de ces Rangers et du détachement impérial, le Moot
possède quelques soldats professionnels. Les forces de police sont
importantes, comme il sied à une population aux doigts si agiles.
Mais comme les capitaines sont aussi des halflings, non seulement la corruption
est courante, mais elle est aussi encouragée. Nul ne porte plainte
pour le vol d’une bourse s’il n’est pas prêt, au
cas où elle serait retrouvée, à en partager au moins
la moitié avec le représentant de la loi.
Il y a peu d’habitants humains dans le Moot, mais un bon nombre d’ogres
trouvent la région à leur goût. Bien que ces deux races
semblent mal assorties, elles cohabitent en bonne entente. En fait, chaque
Ancien a généralement un ou deux ogres à son service,
pour l’aider à maintenir un semblant d’ordre dans son
village. Les ogres apprécient la cuisine halfling et aiment manger
autant que ces derniers. En outre, leurs petits voisins sont assez prudents
pour éviter de collectionner les objets ogres. D’ailleurs, ils évitent
aussi de pratiquer ce loisir trop près de chez eux, afin de ne pas
finir au fond de l’Aver, lestés par une lourde pierre attachée à leurs
chevilles.
En temps de guerre, une armée du Moot est rassemblée. Elle
est constituée de petits détachements de soldats professionnels
secondés par des villageois armés de lances et d’arcs.
Ces régiments de milice sont formés dans les villages et dirigées
par leur Ancien ou le capitaine local. Les meilleurs tireurs (généralement
des chasseurs) forment de petites unités d’éclaireurs
chargées de recueillir des informations et de harceler l‘ennemi.
Un impressionnant contingent d’ogres complète le dispositif.
Ainsi nombre d’armées qui ont tenté d’envahir l’Empire
en traversant le Moot, ont été surprises par la résistance
qu’elles y ont rencontrée.
Les halflings sont souvent sous-estimés et cela leur confère
un avantage certain lorsqu’ils cherchent à se faire discrets.
En outre, malgré leurs défauts, ils sont bien plus résistants
aux influences corruptrices du Chaos que les autres mortels. Il s’agit
moins d’une force de caractère que du fait que les Dieux Sombres
n’ont rien à offrir que les halflings désirent. Ils ne
recherchent pas le pouvoir, sont très résistants à la
maladie, n’aiment pas la guerre et s’ils apprécient les ébats
amoureux, ils n’ont pas la libido déviante des humains. Tandis
que les cultes du Chaos fleurissent sous les pavés des cités
impériales, il n’existe pas de telles organisations dans le
Moot.
Il est rare qu’un halfling souhaite quitter son village et les individus
les plus aventureux rejoignent en général les Rangers ou les
Corbeaux Impériaux. Mais quelques rares halflings ne se contentent
pas de si peu et ils partent chercher fortune ailleurs. Or la demande est
grande dans tout le Vieux Monde pour des gens malins, subtils, capables de
saisir les opportunités et doués pour tout ce qui touche aux
petits dispositifs mécaniques.
Vous
avez la bravoure d'un Halfling à qui l'on a volé sa cuiller ? Défendez
votre patrie !

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