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L'épave de la navette fut assez facile à trouver, elle avait ouvert une tranchée entre les arbres, large de cinquante mètres sur plus de deux cent. L'appareil faisait dix bons mètres de long et gisait légèrement incliné sur le côté, son nez s'était écrasé comme du papier contre un amas de troncs éclatés et de boue. Les ailes se trouvaient à une vingtaine de mètres du fuselage et le carburant libéré lors de l'impact avait allumé ça et là quelques foyers d'incendies qui ne risquaient pas de s'étendre beaucoup dans cette végétation humide.

Cure-dent et les hommes de sa patrouille étaient déjà en position autour de l'épave et Green ne put percevoir aucun autre signe de vie provenant de l'épave ou de la jungle environnante. Convenant que la zone était sûre, il fit un signe et son peloton sortit progressivement à découvert.

Chaque unité prit position afin de couvrir toutes les directions et Green courut en direction de l'épave, suivit de son escouade QG. L'avant du fuselage était noirci et la coque rayonnait encore de la chaleur emmagasinée lors de son entrée dans l'atmosphère de Darwin II. Le métal craquait en se refroidissant dans l'air humide de la jungle, Green repéra une échelle et une écoutille située juste en avant des moteurs et s'en approcha tout en scrutant la jungle en quête du moindre signe de danger. Les échelons étaient encore chauds mais pas au point de l'empêcher de grimper et Green escalada l'échelle en prenant bien garde de rester collé le plus possible à la tôle. Il sortit son long poignard, l'arme caractéristique des gardes de Catachan, en inséra la lame entre l'écoutille et la coque et pesa de tout son poids pour faire céder le système de verrouillage.

Il entendit alors du bruit de l'autre côté de la cloison et vit le volant de fermeture se mettre à pivoter. Green se laissa tomber de quelques échelons et se tint prêt à toute éventualité. L'écoutille s'ouvrit en émettant des bruits de métal tordu, il bondit, attrapa fermement l'homme à la gorge et posa la pointe de son poignard sur sa carotide.

"Vous êtes ?" dit le Catachan entre ses dents.

"Ab... Absolam Berin, pilote de première classe !" répondit l'homme en fixant d'un regard inquiet la lame résolument pointée sur sa gorge. Green desserra son emprise et poussa le pilote à l'intérieur de la navette tout en rengainant son poignard.

"Parfait," dit Green d'une voix rassurante. "Vous êtes en sécurité, on va s'occuper de vous. Il y a d'autres survivants à part vous ?"

"Tout le monde, trois personnes en tout." répondit Berin en se frottant le cou rougi par la poigne d'acier du lieutenant.

"Tout le monde ?" s'étonna Green. "Une navette entière pour transporter juste trois personnes ? Ça doit être du beau linge !"

Une voix haut perchée sortit alors du compartiment de la navette. "Pilote, que se passe-t-il ?"

"Je suis le lieutenant Green, monsieur, troisième compagnie du 24e Catachan," répondit Green à voix haute. "Je suis là pour vous protéger jusqu'à ce qu'une autre navette vienne vous récupérer."

Une silhouette apparut dans l'ouverture. C'était un homme assez corpulent, vêtu d'une tunique mauve et d'un pantalon noir très serré. Il semblait ne pas avoir souffert du choc mais était visiblement plus incommodé par la chaleur ambiante et se tamponnait la nuque et le front avec un mouchoir de soie.

"Et vous, vous êtes ?" demanda Green et avançant dans la coursive.

"Comte Léopold Aleusis del Rio," annonça l'homme d'une voix un peu trop hautaine au goût de l'officier. "Attaché militaire du Gouverneur Los Alberingo auprès des forces impériales."

"Et qui donc est l'autre passager ?" demanda Green en regardant le Comte de travers, tout en aidant le pilote à s'extirper de la carlingue.

"Je suis accompagné par Nostradimicus, Archi-Devin de la Scholastica Psychana ," répondit le Comte del Rio. "Son excellence s'est un peu blessée à la tête dans l'accident et est en train de se soigner dans la cabine."

"Je vais demander à deux de mes hommes de venir l'aider." dit Green en faisant signe au gros diplomate de quitter la navette, puis il cria ensuite au sergent Barnes de lui envoyer deux hommes pour s'occuper de l'Archi-Devin. Aussitôt del Rio arrivé sur le sol, Green le suivit et se laissa glisser au bas de l'échelle.

"Une fois tout le monde dehors, on se replie dans la jungle." dit Green au sergent Barker. "Et trouve-nous un endroit pour bivouaquer." poursuivit-il en jetant un oeil sur le soleil de Darwin qui n'était plus très loin de l'horizon.

Barker et ses hommes s'enfoncèrent entre les arbres pendant que Green faisait le point de la situation. Il lui fallait rester à proximité du lieu de l'accident afin de pouvoir embarquer rapidement les rescapés dans la navette de secours, mais l'ennemi n'allait pas tarder à repérer l'épave et il était déjà probablement en train d'encercler tout le secteur. C'était une question de minutage. Si la navette arrivait rapidement, ses hommes et lui pourraient passer au travers des mailles du filet, même s'il fallait pour cela jouer du poignard. Si l'ennemi les trouvait avant la navette, il leur faudrait s'ouvrir un passage d'une manière bien moins discrète.

Green n'avait toujours pas pris sa décision lorsqu'une écoutille de secours de la navette s'ouvrit violemment. Il vit Woods et Alleaf aider un personnage portant une longue robe à sortir de l'épave. Une fois au sol, les deux hommes lâchèrent l'Archi-Devin qui se redressa de toute sa taille, le personnage dépassait les Catachans d'une bonne tête. Il rejoignit le lieutenant, le pilote et le Comte en quelques grandes enjambées, s'inclina légèrement devant l'officier et retira son casque. Son visage et son crâne étaient totalement imberbes et recouverts de nombreux tatouages. Des symboles arcaniques, des chiffres, des hexagones et des pentacles étaient dessinés en encre rouge, bleue et pourpre et recouvraient toute la surface de sa peau jusqu'au cou. Un peu de sang rouge coulait d'une légère entaille ouverte sur sa tempe droite. Les yeux du psyker étaient d'un mauve profond et lorsqu'il posa son regard sur le lieutenant, le vétéran de Catachan dut réprimer un frisson d'horreur.

"Ah, Gabriel," dit l'Archi-Devin d'une voix douce tout en affichant un large sourire. "Merci pour votre aide."

"On se connaît ?" demanda Green, surpris par autant de familiarité.

"En quelques sortes, lieutenant." répondit le psyker tout en continuant de sourire.

"Sortez de mon esprit." grogna le lieutenant, sa main allant instinctivement se poser sur la garde de son poignard.

"Désolé," s'excusa Nostradimicus en reculant d'un pas et en joignant les paumes de ses mains. "Vous projetez vos pensées comme une balise en pleine tempête, je ne voulais pas être indiscret. Vous avez une assez forte. personnalité, pour un non-initié."

"Parfait. A partir de maintenant, occupez-vous de vos affaires." l'avertit Green.

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